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La colère

Je frappe.

Je suis un boxeur sur un ring.
J’enrage.
Je suis un forcené qui crie dans la rue.
Je gesticule.
Je suis la folle qui jette un sort à qui s’oppose à moi. J’explose.
J’exacerbe mon corps qui veut tuer.
Je fulmine.
Je tape les démangeaisons qui grattent ma frustration.

Je rosse, je violente, je maltraite, je malmène.
Je tape.
Je tape encore et encore.
Je tape toujours au même endroit.

Ma tête contre les murs.
Mes poings contre l’ennemi.
Mes pieds contre le corps inerte sur le sol.
Je tape encore et encore.
Je tape toujours la même émotion.
La jalousie qui consume mes yeux.
La rancœur qui acidi e ma salive.
L’envie qui allume ma peau.
La comparaison qui attise mon jugement.
La convoitise qui défait ma raison.

Je suis passion, folie, défiguration.
Je bats la cadence de ma rage avec noirceur.
Je vois noir, je bois noir, je suis noir.
Je suis gluant.

Je suis la colle qui enlève la peau de mes sentiments,

Astique la sève de mon cœur, élève la sagesse de mon âme.

Ce liquide noir déborde désormais.
Il boue comme une cocotte minute.
En silence puis en sifflant puis en brûlant de quelques gouttes incandescentes

Avant de déborder, fulminer, éclater aux yeux, aux oreilles, aux joues des autres.

Je saute de colère sur un ballon vide
Et je répands, je déverse l’eau d’un refus qui m’appartient.

Je tombe.

Le ballon s’est percé.
Le feu s’est arrêté.
Les coups ont succombé.
La colère a retenti, détruit, déversé des réprimandes sans goût et sans origine.

Je regarde sa rivière couler, elle est sèche.
Elle est vidée de son sang, de son eau, de son origine.
Pourquoi étais-je en colère ?
Ah parce que je t’ai vu avec elle, avec lui, avec nous.
Ah parce que tu n’as pas fait ce que tu as promis.
Ah parce que nous nous sommes mal compris.

Ah parce qu’il a jugé bon de tester mes limites pour satisfaire son égo.
Ah parce la société est colère, frustration et déception

et j’ai voulu me marier avec elle.

Aujourd’hui, je vois les lambeaux de ma colère.
Cet habit ridicule me fait rire.
Je ne sais plus comment j’ai pu le déchirer de la sorte.

Où sont les bras ? Où est la tête ? Ou se trouve le bas ?
Ma colère n’a plus sens.
Je reconnais son origine, j’accepte son expression
Mais je refuse son emportement, son administration, sa fausse vérité.
La colère est un mensonge de moi-même.

Elle m’apparaît désormais, sans consistance, sans résonnance, sans résistance.

Aujourd’hui, je suis colère quand j’accepte le passage de mes émotions

Frustrées, malmenées, dépouillées.
Aujourd’hui, je laisse passer ma colère comme cette rivière qui coule sans s’arrêter.

Elle porte des habits en lambeaux.
Elle a le goût sans saveur d’une farce fade qui échoue dès son origine.

Aujourd’hui, je reconnais ce goût sans attrait.

Je ne salive plus.
Je ne mange plus.
Je ne nourris plus les fruits de ma colère.
J’accepte des émotions, des contradictions, des vérités
Pour délayer ma colère au fil d’un ruban blanc.SLXLM

Il vole.
Il me surpasse.
Il m’élève au dessus de cette sensation périlleuse.
Je me materne.
Je prends du recul.
Je reste concentré.
Je vois la colère.
Elle n’a pas de contours, pas de forme, pas de consistance.

Je suis la paix de ma colère,
Un écrin doux et voluptueux où nait l’acceptation,

le lâcher prise
Et la tendre symphonie d’un combat en ballerines et d’un dessert…

Aux raisins ensoleillés.
Aujourd’hui s’illuminent les raisins de mon sourire apaisé.

Je t’aime 

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