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Le Jumeau du Banian

Le jumeau du Banian

Il était une jeune femme qui s’appelait Moé et qui aimait passer ses journées à regarder le ciel, interroger les nuages et les étoiles pour comprendre le monde, le temps et l’amour. Moé aimait Un soir de nouvelle lune, alors que son esprit vagabondait avec ses rêveries, ses pieds la portèrent dans une vallée enchantée et verdoyante. Moé était en contemplation quand un oiseau passa devant elle. Son regard fut appelé par la majesté du manu blanc, signe de paix et du destin. Elle ouvrit grands ses yeux verts étoilés et observa l’animal qui se posa sur un magnifique banian. Elle se figea sur place emportée par la beauté du lieu. Brusquement, tout s’éteint en elle… Ses rêveries, son esprit, ses attentes, ses mots qu’elle aimait tant réciter à l’univers..

« Approche-toi, souffla le manu dont la voix était enchantante. Moé fixa l’oiseau et reconnut le Huia du destin, celui dont sa mère avait tant de fois parlé. La jeune femme sentit sa gorge se serrer, jamais elle n’aurait imaginé que ses visions pouvaient se manifester dans la réalité. Ce lieu, cet arbre, cette rencontre… Elle l’avait déjà vue dans ses multiples conversations avec les cieux. Emue, les yeux au bord des larmes, le corps tremblant, Moé courba la tête en signe de respect et ferma ses yeux en se tenant devant l’arbre cherchant son approbation avant de le toucher et l’honorer.

A cet instant, un son craqua. Moé ouvrit les yeux, elle se tenait désormais sur un sol de sable blanc et dans un espace aérien suspendu entre la Terre et le Ciel. Seul le banian était resté immobile. Elle considéra le lieu en se demandant si elle ne s’était pas malgré elle, plongée dans ses rêves. Le manu passa sous ses yeux et s’envola dans le bleu des cieux. Moé découvrit la silhouette d’un jeune homme qui semblait attendre.

« Ia Orana Moé, Je suis Atea, je t’attendais. Moé fronça les sourcils restant sur ses gardes, elle se méfiait des jeunes hommes qui apparaissaient dans ses visions, ils étaient souvent porteurs de déception et de mensonges.

•Qui es-tu et où sommes-nous demanda Moé restant à distance de l’homme.

•Nous sommes dans le royaume du Banian, le lieu sacré de l’unité, la connaissance et l’ascension. Si tu es venue aujourd’hui jusqu’à moi, c’est que j’attends depuis longtemps de te rencontrer.

•Pourquoi veux-tu me rencontrer Atea ? Toi qui porte le nom des Dieux et qui vit dans ce lieu paradisiaque… Je ne suis qu’une rêveuse qui grandit au grès des éléments et des étoiles.

 

 

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Crédits : Amopa / JM Simonet 

La question de Moé peina Atea, il avala difficilement sa salive et son regard se perdit sur cette jeune femme qu’il attendait depuis si longtemps. Il souffla doucement et afficha un sourire silencieux en se tenant simple et immobile face à celle qu’il aimait de tout son coeur. Moé bouda un instant, pourquoi ne répondit-il pas à sa question, pourquoi était-il là à l’attendre… pourquoi semblait-il déjà tant l’aimer alors qu’ils se connaissaient à peine. Moé sentit le rythme de son coeur ralentir, la présence d’Atea infusait la paix et la bonté à son coeur si méfiant. Elle inspira l’air qu’Atea avait expiré et entendit la pureté de ses intentions. Il était si disant à ses yeux et son esprit et pourtant si proche à son âme et ses sens. Moé souffla à son tour en envoyant à Atea toutes ses peines, ses peurs, ses doutes… Et ses attentes bouleversées par les nombreux rêves qu’elle avait formé depuis son enfance.

•Connais-tu la légende des jumeaux Moé ?

•La légende de Tetauri tane ?

•Oui, c’est celle-là.

•Alors je connais ta perte.

•Je ne suis pas Tetauri, Moé. Je suis le jumeau du Banian, je suis là pour honorer l’amour sacré du féminin et du masculin.

Moé cligna des yeux, son corps s’agita malgré elle et elle sentit un flot d’émotions envahir son coeur qui se serra avec une telle puissance qu’elle eut l’impression de ne plus pouvoir respirer. Elle commança à tousser. Atea s’approcha d’elle et posa sa main sur son coeur. La toux de la jeune femme s’arrêta immédiatement. Bouleversée par la lumière qui émanait en elle, Moé prit spontanément Atea dans ses bras.

Les deux jeunes gens se laissèrent bercer par l’union de leur coeur dans la volupté du ciel et des nuages. Leur union transperça le temps et l’espace, ils s’élevèrent sans s’en apercevoir au plus près des étoiles. et de la constellation des jumeaux. Un instant, leur ascension se maria avec l’éternité. Moé frissonna et Atea perdit immédiatement son souffle créateur. Il aspira la dernière brise sensuelle et voluptueuse de son aimée et disparut avec une nova qui l’emmena au creux du firmament du monde. Moé ouvrit les yeux, Atea avait disparu. Elle se tenait toujours face au banian dans la vallée luxuriante qui l’avait réveillée de ses songes.

Elle sourit reconnaissante de ce réveil et déjà si triste d’avoir perdu Atea. La gorge serrée, le coeur accompli et le corps en paix, elle s’approcha du banian pour le toucher. En rencontrant sa paroi douce et vivante, Moé fit la promesse de laisser ses rêves et ses visions au sommeil de ses nuits et la journée, d’honorer l’amour d’Atea en célébrant la vie telle qu’elle était, sans passé, ni futur mais bien, dans le présent du temps offert par le ciel, la terre et le destin murmuré à l’aube d’un banian en fleurs.

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