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Notre mana, oxymore ou pléonasme ?

Ia Ora Na,

Avec le lancement de VaiHere Light Center, j’ai choisi de communiquer sur « Notre mana, notre ouverture au mode » dans la continuité de la campagne de Tahiti Tourisme sur « Notre mana pour le tourisme, l’avenir du fenua ». Le simple fait d’utiliser les deux mots « notre mana » a suscité nombre de critiques, d’insatisfactions, de réactions épidermiques et de rejets. Il n’existerait donc pas de « mana commun » mais un mana personnel à préserver farouchement. Comme me l’a expliqué un sage avisé, « le mana personne ne peut l’expliquer mais tout le monde sait ce que c’est. » Il existe donc bien une conception collective de cette énergie sacrée avec des perceptions différentes voire très différentes soulignant l’expérience fondamentalement personnelle du mana

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Une autre personne m’a expliqué qu’on parlait « trop du mana et qu’il n’y avait plus rien à dire…  » Je me suis souvenu de mes premières armes sur l’eau, j’avais reçu la même remarque : « Celine, on parle trop de l’eau, on a tout dit dessus… » quand d’autres me protestaient par « nous ne communiquons pas assez sur l’eau ». J’avais alors répondu, « parle-t-on assez ou trop d’amour ? » Je poserai la même question pour le mana… Peut-on désacraliser cette énergie en parlant « trop » d’elle ou pas assez d’elle ? Peut-on perdre  son sens en la passant sous silence ou en la diffusant ? Tel à l’amour et à l’eau, le mana vit à travers la parole et le respect sacré du silence qu’il exprime en lui-même. L’homme face aux paradoxes de la vie et face à la bipolarité fondamentale de notre monde ne doit-il choisir entre chaos et perte ou équilibre et harmonie ?

J’en suis venu à formuler la problématique suivante (que je pourrais adresser à mes étudiants avec qui je travaille sur le mana) : dans quelle mesure peut-on transmettre le mana ? Comment respecter sa sacralité rare et magnifique face à son usage commun, partagé, vivant dans les pratiques de notre société contemporaine ? Tel à l’amour qui oscille entre un idéal de couple et le pragmatisme de deux êtres qui se rencontrent avec leur vie, leur passé et leurs blessures ou l’eau qui symbolise la vie et la mort, le mana est un équilibre fragile, délicat, singulier…. Magique et magnifique.

Aussi, peut-on parler de « notre mana, notre ouverture au monde » ? « Notre mana » est ce partage commun, ce contrat commun, cette idée commune d’une société polynésienne qui vit et partage les mêmes valeurs tout en étant « notre ouverture au monde. » La société polynésienne doit-elle apporter au monde son mana pour montrer comment elle a toujours su vivre, une autre conception du monde ? J’entends ici par le mot « monde », l’univers invisible. Le mana est l’ouverture sacrée des Polynésiens aux  lois de l’univers, aux cycles des âmes et au « tout dans le tout »…  Pourquoi alors souhaite-elle l’enfermer ?

D’autres m’ont dit, « mais on nous a déjà tellement pris, on va nous prendre notre mana » comme si une âme pouvait être vendue au diable… La peur surgit face aux sirènes de l’économie capitaliste, une sirène que les Nouveaux Zélandais ou Hawaïens ont déjà vendu à travers des festivals, des centres de spiritualité, des formations aux énergies… Nos frères maohi ont-ils perdu leur âme ? Aujourd’hui sur le fenua, il y a plus de formations payantes aux énergies venues de l’étranger que de formations au mana polynésien, est-ce normal ? Je mentionnerai seulement qu’ils existent aujourd’hui différents les temples comme ceux de l’argent, des églises ou encore des idées… Si ces mondes cohabitent, le mana cohabite-t-il, peut-il cohabiter et doit-il cohabiter avec eux ?

Le mana est à tous et pour tous tel à l’amour et l’eau… Si l’eau est un bien commun,  le prix de l’eau protège cette ressource pour payer la dépollution que l’homme a entrainé. Si l’amour est une émotion commune qui est célébrée par l’union de deux êtres autour de valeurs enseignées par la famille, les amis et les épisodes de la vie ; les films, les services payants de l’amour ou encore, les violences conjugales contredisent au quotidien, son universalité sacrée… Alors, le mana, cette énergie universelle, ce souffle qui vit dans chacun des poumons de chaque être humain est-il en danger face à une civilisation moderne qui pollue et produit des stéréotypes violents ? Doit-il agir ou laisser faire ? Et nous, êtres qui incarnons une part de mana, que choisissons-nous en inspirant le mana ? Et que choisissons-nous en le soufflant … ?

Quand je regarde l’eau et l’amour, je me dis qu’ils vivent et évoluent toujours en chacun de nous comme les plus belles leçons et les plus belles expériences de notre vie, celles pour lesquelles nous devons nous battre et à travers lesquelles nous pouvons apprendre les émotions universelles de joie, paix, gratitude et compassion. Ces leçons nous apprennent à reconnaître l’autre dans son être et sa sacralisé ici et maintenant, à tout moment et à chaque instant.

Le mana, notre mana c’est  l’amour même, c’est l’expression de l’être universel qui nous unit. Aroha mai, aroha atu.

Aujourd’hui, les mots de « Le mana, la reconnexion à soi » vibrent les valeurs que nous défendons à travers notre association :

  • la transmission : elle répond au besoin de nous former et de nous guider les uns et les autres ;
  • le partage : elle célèbre le respect des expériences et des ressentis en chacun de nous ;
  • la connexion : elle nous relie à l’autre rappelant cet idéal simple que nous vivons tous sur une seule planète, dans un seul monde et oserait-on dire le mot, en une seule énergie… Un seul mana à la polysémie et à notre Polynésie vivantes et sacrées.

Et comme j’ai longtemps signé mes appels passionnés sur l’eau, je signerai cet appel au mana, l’énergie qui nous unit par…

A bon entendeur, mana-nons-nous les uns les autres… Et par souci de clarté, ce jeu de mots reprend une phrase universelle si belle, aimons-nous les uns les autres ou encore, « aime ton prochain comme toi-même » qui donnerait « aime notre mana comme ton mana » ou inversement « aime ton mana comme notre mana » ?

A votre mana, salut !

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