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L’Impératrice du Temps

Un conte sur le temps, l’égo et l’apprentissage.

Les expressions en tahitien sont traduites en notes de bas de page.

Bonne lecture.

 

L’Impératrice du Temps

Il était une fois une Princesse appelée la Princesse de l’Union. Cette Princesse grandit au grès des Vents, entre les mémoires de ses ancêtres venus des océans Atlantique et Pacifique. Libre, éprise de vie et de passion, elle partit à la quête d’elle-même et à la rencontre de son destin.

Un jour, un soir, une nuit, Epara Tau se présenta à elle pour lui annoncer qu’il venait lui enseigner son destin. Très heureuse et impatiente, la Princesse s’inclina avec respect. Epara Tau posa ses mains sur ses épaules et prononça des incantations empruntes d’éternité. La Princesse ferma les yeux et reçut une vision, celle qu’un jour, elle deviendrait Impératrice du Temps. Elle était heureuse. Sa poitrine se remplit de fierté et de courage, elle connaissait désormais son chemin.

L’homme au visage profond et ridé l’avertit des dangers de sa quête, de nombreux dragons viendraient avides de son pouvoir et de ses savoirs. Le tupuna (l’ancien, le sage) lui prodigua les lignes de son apprentissage.

« Il est temps lui dit-il, temps d’apprendre et c’est en regardant, écoutant, goûtant l’eau que tu trouveras le chemin.

  • Que dois-je apprendre ? se hâta la jeune femme pressée de vivre.
  • Aroha (compassion), articula l’homme. La compassion et l’amour en toutes choses.

Les yeux de la  Princesse s’embrasèrent avec son coeur et le sage lui sourit.

  • Aroha mai, aroha atu*. C’est dans la compassion et dans l’amour que le temps devient éternel. En apprenant, en servant, en respectant chaque être comme une créature de l’univers alors ce jour là, tu rencontreras l’Empereur de l’eau, celui qui t’accompagnera sur ton chemin. »

La Princesse afficha un sourire, confiante et heureuse, elle s’aperçut que c’était tout ce qu’elle souhaitait au plus profond de son âme. Le sage partit et la jeune princesse le remercia en considérant ses paroles. Que devait-elle faire désormais ? Elle se rappela de ses ancêtres et de leurs explorations. Sans plus attendre, elle partit à la conquête de l’eau. Elle écuma les mers et rencontra les étoiles. Elles lui murmurèrent le chant des pirates dont la princesse tomba amoureuse. Aveuglée par leur force, elle se laissa porter et brisa son va’a (pirogue), le vaisseau de son âme, contre la lagune. Sans pirogue, écœurée et déçue, la Princesse se réfugia dans une vallée où elle reconnut la trace de ses ancêtres.

À bout de souffle, la jeune femme se tourna vers le Ciel et la Terre en implorant de l’aide. Elle se sentait seule, seule sur ce chemin qu’elle ne comprenait plus. Elle cria au ciel avec désespoir, les larmes coulaient sur sa joue.

« Esprit, Père, Mère qui ne font qu’un. Si vous êtes le Ciel, la Terre et moi, votre enfant, éclairez mon chemin et présentez-moi à l’Empereur de l’eau. »

Elle tomba à terre et s’endormit, épuisée par sa quête.

Dans la pénombre de la nuit, elle aperçut une forteresse. Elle était en béton armé, insaisissable et indomptable. Elle observa autour d’elle. Des soldats armés, des tours d’ivoire, des boites à mitrailles, des Généraux bardés de médailles et même des livres grouillaient sur le champs. À cet instant, le sage apparut. La Princesse était très mécontente de le voir.

« Que fais-tu là ? Je suis très en colère contre toi ! J’ai écumé les océans, parcouru des milliers de kilomètres, j’ai rencontré des pirates qui ont brisé mon vaisseau… Et maintenant, je suis seule dans cette vallée à m’interroger sur cette rencontre que tu m’as promise.

  • Regarde face à toi, que vois-tu ? La Princesse se tourna vers la citadelle imprenable.
  • Je vois une armée, des guerriers et une place militaire.
  • Bien mon amie. Maintenant, écoute. Ecoute ton coeur, que dit-il ?

La Princesse ferma les yeux. Elle entendit une voix, une voix qui l’appelait. Elle sut que c’était l’Empereur. Elle ouvrit les yeux.

  • Il est à l’intérieur de la citadelle ! se précipita la Princesse qui voulait aller le chercher. Le sage l’arrêta en se moquant.
  • Voyons cela ne sert à rien de faire la guerre, seul faire l’amour compte…
  • Mais je veux le sauver.
  • Là, posa le sage en mettant sa main sur son avant-bras. Goutte maintenant, goutte son eau. La Princesse avala l’eau. Crois-tu qu’il ait besoin d’être sauvé ?
  • Il n’a pas besoin de moi, se rembrunit la Princesse déçue.
  • Non…. mais peut-être a-t-il envie de toi ? La Princesse fronça les sourcils. Quoi ? Après tous tes voyages, ne comprends-tu pas ? Ce rêve, c’est une image mon amie ! Et la citadelle, c’est toi ! L’homme que tu cherches est déjà à l’intérieur de toi, pas la peine ni de parader, ni de t’agiter davantage.

La Princesse plissa les lèvres en boudant.

  • Aroha mai, aroha atu*. Ce que tu cherches à l’extérieur de toi, est à l’intérieur de toi. Il ne sert à rien de te protéger avec la guerre, les Ministres ou les livres car tout est déjà en toi.
  • Aroha mai, aroha atu, répéta la Princesse en demandant pardon. 
  • Ena atu te aroha. » La Princesse s’inclina avec respect et le sage posa son front sur le sien.

À cet instant, la Princesse se réveilla en sueur. Elle regarda autour d’elle, un huia** mâle avait interrompu son sommeil. Elle observa l’oiseau avec stupeur quand le huia femelle se posa à côté de son compagnon. La Princesse trouva la scène inhabituelle, deux oiseaux appariés pour la vie se tenaient face à elle. Elle sortit quand elle vit un homme près de son puits. Il observait la nature. La Princesse sentit son coeur battre. Qui était cet homme si serein et apaisant ? Que faisait-il chez elle ? Comment avait-il pu entrer dans sa maison sans qu’elle s’en aperçoive ?  A cet instant, la Princesse comprit. Puisque l’Empereur était à l’intérieur d’elle, il pouvait désormais exister à l’extérieur d’elle et prendre la forme d’un être aimé.

À cet instant, l’homme se tourna et afficha un sourire simple, rempli d’amour.

« Ia Ora na, 

O vai ‘oe ?***»


*Aroha mai, aroha atu. Proverbe Maori qui signifie « Amour reçu, amour donné. » Il symbolise également l’équilibre : le négatif et positif, le bien et le mal, le féminin et le masculin.

** Les huia sont des oiseaux nouveaux-zélandais dont l’espèce s’est éteinte au début du XXème siècle.

**O vai ‘oe ? Cette formule d’usage (comment vas-tu) signifie littéralement, de quelle eau es-tu fait ?

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